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Gel

Le gel dans les vignes : un défi ancestral pour le vigneron

Parmi les aléas climatiques qui peuvent frapper la vigne, le gel de printemps est sans doute l'un des plus redoutables et des plus impressionnants par ses conséquences. Un caprice nocturne de la météo peut, en quelques heures, réduire à néant les espoirs d'une récolte entière.

Le gel affecte particulièrement les jeunes bourgeons à peine éclos ou les jeunes pousses. Vulnérables, gorgés d'eau, ils gèlent et éclatent sous l'effet du froid intense. Les dégâts peuvent alors être considérables, comme en témoigne la terrible année 2017 où le Château Cazebonne, comme tant d'autres propriétés bordelaises, a malheureusement perdu près de 90% de sa récolte. Ce type d'événement rappelle avec force la fragilité de notre métier et la dépendance constante du vigneron à l'égard de Dame Nature.

Face à cette menace récurrente, les vignerons ont développé au fil des siècles diverses stratégies, de la fumée qui crée un écran protecteur à l'aspersion d'eau qui isole les bourgeons dans une gangue de glace. Au Château Cazebonne, nous observons avec attention les prévisions météorologiques et nous préparons à protéger nos parcelles les plus exposées, en privilégiant des méthodes respectueuses de l'environnement et de la biodiversité.

Ces expériences difficiles nous rappellent également l'importance des cépages adaptés à leur terroir, comme l'explique si bien Jean-Baptiste Duquesne dans son ouvrage "Bordeaux, une histoire de cépages". Certains cépages se révèlent plus résistants au gel printanier, ou débourrent plus tardivement, échappant ainsi aux périodes les plus critiques. C'est pourquoi, au Château Cazebonne, nous nous sommes engagés dans un projet unique : la réintroduction à Bordeaux des cépages oubliés. Ces variétés, autrefois présentes dans le vignoble bordelais et parfois plus résilientes, sont une formidable opportunité pour construire un vignoble plus diversifié et plus résilient face aux défis climatiques actuels.

Ce travail de pionnier, cette recherche pour un Bordeaux plus résilient et diversifié, est rendu possible grâce au soutien indéfectible des nombreux amateurs qui ont adopté nos vins et notre démarche. Vous aussi, découvrez et soutenez nos cuvées en vous rendant sur la boutique de Cazebonne. Pour approfondir votre connaissance de l'histoire viticole de notre région et des cépages qui la façonnent, nous vous invitons à recevoir la version numérique du livre "Bordeaux, une histoire de cépages" aux Éditions BBD, écrit par Jean-Baptiste Duquesne.

Comprendre le phénomène du gel en viticulture

Le gel dans les vignes, particulièrement redoutable au printemps, est la conséquence d'une chute brutale des températures. Il se manifeste lorsque la sève gorgée d'eau dans les jeunes bourgeons ou pousses gèle, entraînant leur éclatement et leur destruction. Les conséquences peuvent être dévastatrices, anéantissant une grande partie, voire la totalité, de la récolte future. Ce phénomène est d'autant plus préoccupant qu'il peut survenir alors même que le thermomètre affiche des températures au-dessus de zéro, du fait du rayonnement thermique direct des pousses vers une atmosphère transparente.

Le mécanisme des gelées : noires et blanches

Il existe principalement deux types de gelées. Les « gelées noires » surviennent lorsque la température moyenne journalière en février et mars dépasse 8°C, et qu'un abaissement soudain à -5°C ou -8°C se produit. Les bourgeons noircissent alors de l'intérieur, provoquant un débourrement irrégulier, on dit qu'ils sont « échamphlés ».

Les « gelées blanches », plus fréquentes, touchent les bourgeons en débourrement et les jeunes pousses. Elles apparaissent souvent après des périodes de pluie et d'humidité, suivies d'une nuit claire, principalement entre mars et mai. Elles peuvent perdurer jusqu'à la mi-mai, rendant ces périodes particulièrement critiques pour la vigne. Ces épisodes de froid sont un rappel constant de la vulnérabilité de la vigne face à ces caprices climatiques, comme l’illustrent les archives de plusieurs régions viticoles évoquant l’impact des gelées printanières et automnales sur la récolte les saisons dans les vignes.

Calendrier des risques et facteurs aggravants

Le risque de gel est maximal au printemps, de mars à mai, période à laquelle la vigne sort de son repos hivernal et que les bourgeons de vigne commencent leur floraison. Les gelées d'automne sont plus rares, mais peuvent également surprendre le raisin avant sa pleine maturité, avec des conséquences graves sur la qualité et la quantité de la récolte. Certaines conditions favorisent le gel, comme une longue période de transparence atmosphérique qui permet un fort rayonnement nocturne, refroidissant rapidement la surface des bourgeons. C'est pourquoi, la météo dans les vignes est suivie avec la plus grande vigilance.

Identifier les signes du gel dans la vigne

Les signes du gel dépendent de son intensité et de la période à laquelle il frappe. Pour les gelées noires, les bourgeons apparaissent noircis et ne se développent pas normalement. Pour les gelées blanches, les jeunes pousses et feuilles prennent une teinte blanchâtre avant de se dessécher et de brunir. Dans certains cas, le mal peut ne se manifester que partiellement, affectant certains rangs de vigne ou même certaines parties d'un même cep, laissant d'autres pousses intactes. Les jeunes vignes et les cépages à débourrement hâtif sont généralement plus exposés, ce qui confirme l'importance de la sélection parcellaire et de la diversité des cépages. Les maladies de la vigne peuvent également s'installer sur les tissus fragilisés.

La gestion du gel à Château Cazebonne

Au Château Cazebonne, nous abordons le défi du gel avec une combinaison de méthodes traditionnelles et d'innovations respectueuses de notre environnement. Dès l'apparition des prévisions météorologiques annonçant un risque de gel, une surveillance accrue est mise en place. Nous privilégions des techniques douces pour protéger les parcelles les plus vulnérables. La fumée, utilisée depuis des siècles, permet de créer un écran protecteur, limitant le rayonnement nocturne. L'aspersion d'eau est également une option, formant une pellicule de glace isolante autour des bourgeons. Notre engagement pour des pratiques respectueuses de la biodiversité et en biodynamie nous pousse à rechercher des solutions durables. Dans la mesure du possible, nous optons également pour une taille de la vigne tardive qui peut retarder le débourrement et ainsi minimiser les risques. La réintroduction des cépages oubliés de Bordeaux, certains ayant des débourrements plus tardifs ou une meilleure résistance intrinsèque, représente une voie d'avenir pour renforcer la résilience de notre vignoble.

Idées reçues sur le gel des vignes

Contrairement à une idée répandue, le gel ne supprime pas toujours l'intégralité de la récolte. Il peut s'agir de « gelées partielles » qui affectent seulement une fraction des bourgeons ou des grappes. Mais même une perte de 30% ou 50% peut impacter l'équilibre économique du domaine. Une autre idée fausse est que le gel nécessite des températures inférieures à 0°C. En réalité, le rayonnement nocturne d'une nuit claire peut faire chuter la température des bourgeons sous le point de congélation, même si l'air ambiant reste légèrement positif. Enfin, si les vignerons ont toujours cherché à se prémunir du gel, l'efficacité des méthodes traditionnelles, comme la fumée, dépend énormément de la configuration des parcelles et de l'ampleur du phénomène. C'est pourquoi la diversification des solutions est essentielle, tout comme le sont celles concernant la grêle sur la vigne.

Notre démarche au Château Cazebonne, axée sur la réintroduction des cépages anciens de Bordeaux, est un levier majeur pour construire un vignoble plus résilient face aux défis climatiques, dont le gel fait partie. Ce travail est rendu possible grâce à l'engagement des amateurs qui adoptent nos vins et notre philosophie. Pour en savoir plus sur les richesses parfois méconnues de notre patrimoine viticole, n'hésitez pas à télécharger notre livre "Bordeaux, une histoire de cépages" et à tester vos connaissances avec nos quizz œnologiques. Découvrez également toute notre gamme et soutenez notre projet en visitant notre boutique en ligne.

Sources

  • La Vigne dans le Bordelais — Partie 90
  • La Vigne dans le Bordelais — Partie 92
  • Viticulture — Partie 66
  • La Vigne dans le Bordelais — Partie 93
  • La Vigne dans le Bordelais — Partie 88

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