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Et si Bordeaux n'avait pas compris les attentes du nouveau consommateur de vin ?

Et si Bordeaux n'avait pas compris les attentes du nouveau consommateur de vin ?
Et si Bordeaux n'avait pas compris les attentes du nouveau consommateur de vin ?

Le vignoble bordelais : de la reconstruction post-gel à l'hégémonie du rouge

Le vignoble de Bordeaux, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a été largement remodelé après le gel rigoureux de 1956, un événement qui a détruit une grande partie des vignes de France. Cette reconstruction a orienté la région vers une production massive de vins rouges, alors qu'elle était encore majoritairement blanche une décennie auparavant. La stratégie s'est ensuite concentrée sur les appellations d'origine contrôlée (AOC), créant une pyramide de terroirs allant des vins les plus accessibles aux Grands Crus classés.

Cette approche a modelé le marché et l'image de Bordeaux pour les décennies suivantes, en s'appuyant sur des bases solides en termes de reconnaissance et de qualité perçue. Cependant, comme le souligne Jean-Baptiste Duquesne dans « Bordeaux, une histoire de cépages », l'évolution constante du vignoble montre qu'il n'y a pas de situation figée, et les choix passés, bien que pertinents à leur époque, peuvent devenir limitants à long terme.

Les paradoxes d'une stratégie axée sur les Grands Crus

Depuis deux décennies, le marché des Grands Crus bordelais a connu une croissance fulgurante, avec des valorisations en constante augmentation. Cette dynamique, si elle a permis à quelques châteaux d'atteindre des sommets financiers, n'a malheureusement pas profité à l'ensemble de la production bordelaise. En effet, de nombreux négociants, attirés par les marges élevées des crus les plus prestigieux, se sont parfois désintéressés des vins plus accessibles. Le modèle d'achat spéculatif, où l'acquisition de vins était perçue comme un investissement prometteur – « j'achète 12 bouteilles, j'en revendrai 6 et je boirai les 6 autres gratuitement » – a longtemps prospéré. Ce temps est révolu : les Grands Crus se vendent moins bien aujourd'hui, car la promesse de la plus-value a disparu, entraînant le départ de nombreux acheteurs.

Historiquement, le commerce des vins de Bordeaux s'est appuyé sur « la Place de Bordeaux », un réseau de négociants dont le rôle était de distribuer les vins à travers le monde. Pourtant, certains semblent avoir abandonné leur mission de représentation du vignoble auprès des clients, sommeliers et cavistes. Cette situation a créé un déséquilibre et a contribué à une perception négative du vignoble dans son ensemble.

Le « Bordeaux Bashing » : une injustice pour la majorité ?

L'augmentation des prix des crus classés a rendu leur commercialisation de plus en plus difficile pour les cavistes et sommeliers, qui les avaient pourtant longtemps défendus. Cette situation a malheureusement engendré un certain « Bordeaux Bashing », où la critique s'est étendue à l'ensemble de la production, ignorant la diversité et la qualité des 98% restants du vignoble. Cette généralisation est une immense injustice pour les vignerons qui produisent des vins d'un excellent rapport qualité-prix.

N'ayant pas toujours été formés aux aspects commerciaux, ces vignerons, longtemps dépendants du négoce, ont vu leurs vins s'éloigner des consommateurs. Ces derniers, conseillés par leurs cavistes et sommeliers, se sont tournés vers d'autres régions viticoles, perçues comme plus dynamiques et proposant des vins en adéquation avec leurs attentes.

Mutation des habitudes de consommation et vieillissement du public

Depuis deux décennies, le consommateur traditionnel de Bordeaux vieillit. Cette tranche d'âge de plus de 60 ans n'est pas suffisamment renouvelée par les jeunes générations. Pour beaucoup, le Bordeaux est resté « le vin de papa », associé à des dîners formels qui se font de plus en plus rares. Les jeunes consommateurs, s'ils boivent du vin, préfèrent des profils plus frais, légers et des régions jugées plus innovantes. Le concept d'apéritif dînatoire, plus simple et décontracté, a remplacé le repas dominical traditionnel. Un Bordeaux rouge, aussi bon soit-il, ne se marie pas toujours idéalement avec un guacamole ou une boîte de sardines.

Le marché du vin se polarise entre les vins de terroir et les vins de soif, de plaisir immédiat. Si Bordeaux produit des millions d'hectolitres de vins d'entrée de gamme, souvent vendus en grande surface à bas prix, ces derniers ne sont pas nécessairement perçus comme des vins d'apéritif entre amis. Le défi pour Bordeaux est de regagner le cœur d'une nouvelle génération de consommateurs, en diversifiant son offre et en s'adaptant aux nouvelles façons de consommer le vin.

Le mouvement des « Bordeaux Pirate » : une nouvelle dynamique pour le vignoble

Face à ces constats, un mouvement de vignerons, les Bordeaux Pirate, émerge, refusant de subir cette situation. Ces vignerons embrassent des pratiques telles que l'agriculture biologique, par conviction profonde, et s'engagent à proposer des vins qui reflètent une autre image de Bordeaux. Ils brandissent fièrement un étendard, proclamant l'existence d'un Bordeaux différent, respectueux de l'environnement, innovant et proche des consommateurs. Château Cazebonne s'inscrit pleinement dans cette tendance, car nous sommes des pirates convaincus. Dénigrer Bordeaux à cause d'erreurs passées ou d'une perception tronquée serait ignorer une immense diversité et un dynamisme grandissant. Nous vous invitons à venir découvrir ces vignerons qui, comme nous, font bouger les lignes à Bordeaux. Une visite s'impose pour déguster ces vins qui bousculent les codes !

Chez Château Cazebonne, nous nous engageons dans cette nouvelle voie, en replantant des cépages qui avaient disparu à Bordeaux, en explorant de nouvelles manières de produire et en remettant le produit au centre de l'échange. Ce travail est rendu possible grâce au soutien précieux des amateurs qui ont choisi nos vins. Pour en savoir plus sur l'histoire fascinante des cépages de notre région, n'hésitez pas à télécharger notre livre. Testez vos connaissances et découvrez l'univers du vin autrement avec nos quizz œnologiques, ou venez simplement découvrir nos vins en ligne, reflets de notre engagement et de notre passion.

Sources

  • Bordeaux, une histoire de cépages — Jean-Baptiste Duquesne, BBD — Partie 19

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