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crise oïdium Bordeaux

La crise de l'oïdium à Bordeaux : une révolution viticole et ses répercussions

Bien avant l'hécatombe du phylloxéra à Bordeaux : la crise et ses conséquences, le vignoble bordelais a été assailli, au milieu du XIXe siècle, par une crise sanitaire majeure et méconnue : l'oïdium. Cette maladie fongique, causée par l'Erysiphe necator venu d'Amérique du Nord, a profondément remodelé le paysage ampélographique de la région. Cette période a été un véritable catalyseur de changements pour la viticulture bordelaise, comme le souligne « Bordeaux, une histoire de cépages » de Jean-Baptiste Duquesne.

L'émergence d'une nouvelle menace fongique

Apparu en Gironde vers 1851-1853, l'oïdium, reconnaissable à son voile blanc poudreux sur les feuilles et les grappes, s'est propagé à une vitesse fulgurante. Les vignerons, peu habitués à traiter leurs vignes, se sont trouvés démunis face à ce fléau qui provoquait l'éclatement des baies, compromettant irrémédiablement récoltes et qualité. Les pertes furent colossales, parfois jusqu'à 80% de la production, créant une véritable panique dans le vignoble (les maladies de la vigne). M. de Kercado et M. des Moulins, membres de la Commission générale de la maladie de la vigne, s'inquièrent particulièrement de certaines excroissances ou gales observées sur les ceps.

La lutte s'organise et ses conséquences sur l'encépagement

La solution providentielle fut découverte avec l'utilisation du soufre, appliqué en poudrage. Cependant, cette innovation eut un coût, exigeant matériel et main-d'œuvre, créant ainsi une fracture économique au sein du vignoble. Seuls les domaines les plus fortunés purent se permettre ces traitements réguliers. Ce fut un tournant dans les pratiques culturales, faisant du soufre un élément clé de la protection de la vigne (le rôle du soufre).

Parallèlement, les vignerons observèrent que la sensibilité à l'oïdium variait grandement selon les cépages. Certains, comme le Crouchen ou le Prueras en blanc, et même le Merlot dans une moindre mesure, se montrèrent particulièrement vulnérables. D'autres, à l'inverse, affichaient une résistance relative plus intéressante, tels le Sémillon, la Folle Blanche (ou Enrageat) ou le Malbec. Cette inégalité face à la maladie entraîna une modification progressive et majeure de l'encépagement, contribuant à la simplification de la palette variétale bordelaise (raisons qui ont amené à la simplification de l'encépagement dans le vignoble).

Un nouveau paysage ampélographique

Dans les zones moins aisées ou pour les vins de consommation courante, les vignerons ont privilégié la replantation de cépages plus résistants et productifs, souvent au détriment de la finesse aromatique. Ce fut le cas de la Folle Blanche dans l'Entre-Deux-Mers ou du Malbec sur la rive droite, supplantant des variétés plus délicates. Les grands crus classés, disposant des moyens de soufrer méthodiquement leurs vignes, purent quant à eux maintenir des cépages plus nobles mais sensibles comme le Cabernet Sauvignon.

La résonance de cette crise aujourd'hui à Château Cazebonne

La crise de l'oïdium fut donc un premier facteur de standardisation et de réduction de la diversité ampélographique bordelaise, bien avant les ravages du phylloxéra et les contraintes réglementaires des AOC. Elle marqua une étape décisive dans l'histoire des cépages de la région. À Château Cazebonne, notre engagement à replanter les cépages anciens vise à retrouver cette diversité perdue. Nous étudions comment ces variétés autrefois oubliées, y compris celles qui ont souffert de l'oïdium, peuvent être cultivées aujourd'hui selon des méthodes respectueuses de l'environnement.

Pour approfondir votre connaissance de l'histoire viticole bordelaise et de ses cépages, nous vous invitons à recevoir la version numérique du livre "Bordeaux, une histoire de cépages" de Jean-Baptiste Duquesne, publié aux Éditions BBD, en vous rendant sur recevoir la version numérique. Puis, testez vos connaissances sur ces chapitres passionnants de l'histoire avec nos quizz œnologiques. Cette aventure est rendue possible grâce au soutien des nombreux amateurs qui ont adopté nos vins en ligne et croient en notre démarche de préservation du patrimoine ampélographique bordelais.

Sources

  • Bordeaux, une histoire de cépages — Jean-Baptiste Duquesne, Éditions BBD — p. 74 et 91
  • La Vigne dans le Bordelais — Auguste Petit-Lafitte, J. Rothschild — p. 438

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