L'incontournable6 × Entre Amis rouge
6 bouteilles — Graves rouge 2022
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Le rouge de tous les jours, gourmand et sans détour.
J'en profiteArchives du domaine
Deux contrats manuscrits, signés au Château La Grange à la fin du XIXe siècle, éclairent une pratique bordelaise oubliée : le prix-fait. Un accord entre le propriétaire et l'ouvrier-vigneron, où chaque geste, chaque façon, chaque partage de récolte était scrupuleusement chiffré.
Le prix-fait (littéralement « prix convenu à la tâche ») est un contrat d'exploitation typique du vignoble bordelais du XIXe siècle, qui se pratique encore de nos jours, sous une forme modernisée. Le propriétaire — ici Monsieur Henry Dufour, agissant au nom du Marquis de Luppé — confie à un ouvrier-vigneron l'entretien complet d'un ensemble de parcelles pour un tarif fixé au journal de vigne (unité de surface locale) et à l'année.
Le preneur s'engage à réaliser en « bon père de famille » toutes les façons : pioche ou labour à la charrue, taille, vignolaison, ébourgeonnage, levage, extrapage des bois, entretien des fils de fer et des carassous. En échange, il perçoit une somme forfaitaire par journal, complétée par des avantages en nature (le contrat de piquette de 1907, rapière, logement, vache à moitié, sarments) et par des journées payées au tarif du domaine hors prix-fait.
Trois éléments structurent l'équilibre du contrat : la rémunération à la tâche (qui prime sur la journée), le partage à moitié des récoltes semées entre les rangs, et la résiliation de plein droit en cas de manquement — assortie d'un préavis de six mois pour la sortie amiable.
ÉlémentContrat 1895Contrat 1892Date15 juillet 189517 janvier 1892BailleurHenry Dufour, au nom du Marquis de Luppé — Château La GrangePreneurÉmile Tavernier (Les Renaud, Saint-Martin)M. Rodrie (Saint-Martin-de-Blaye)Vignes à la pioche2 journaux à 57 F / journal (Pré-touy)4 journaux ½ à 50 F / journal (Pré-douy)Vignes à la charrue10 journaux à 30 F / journal≈ 7 journaux à 35 F / journalTotal annuel indicatif≈ 414 F430,10 FÉbourgeonnage / levage3 F / journal (1re façon), 1,50 F (2nde)Extrapage des bois1 F / journalJournée hors prix-fait2,50 F (3 F les jours de soufrage)2 FPiquette1 Bque rapière + 2 Bques piquette (fossé) ; ½ Bque / journal charrue1 Bque / journal pioche ; ½ Bque / journal charruePartage des récoltesSemences fournies à moitié ; récoltes partagées à moitiéSarmentsLiés et portés au bout — moitié pour le preneur (surplus racheté 10 F le cent en 1892)Avantages en naturePailles et gloues au bailleurLogement au marais, vache à moitié (lait : 8 F / an), fumier au propriétairePrise d'effetÀ partir de la Saint-Roch (16 août) — préavis de 6 mois
Le quinze juillet mil huit cent quatre-vingt-quinze.
Entre les soussignés : Mr Henry Dufour, agissant au nom de Mr le Mis de Luppé, et Mr Émile Tavernier, demeurant aux Renaud, commune de Saint-Martin. Il a été convenu ce qui suit : le sieur Dufour donne à prix-fait au sieur Émile Tavernier, qui accepte, aux conditions suivantes :
1° 2 journaux de vignes situées au lieu-dit Pré-touy, sur le domaine de La Grange, se travaillant à la pioche, à raison de 57 F le journal, pour toutes façons de pioches, de tailles et vignolaisons. Les vignes seront ensemencées par le preneur, qui devra fournir la moitié des semences ; les récoltes seront partagées par moitié et le sieur Tavernier devra les rendre propres et nettes au Château La Grange, sans aucune indemnité pour cela. Les pailles et gloues appartiendront au bailleur. Pour ces deux journaux à la pioche, il aura 1 Bque de rapière et 2 Bques de piquette par fossé.
2° 10 journaux de vigne se faisant à la charrue (ancien prix-fait de Videau), à raison de 30 F le journal, pour toutes façons de cavaillons, taille et vignolaisons. Pour les vignes labourées à la charrue, il aura droit à une demi Bque de piquette par journal.
En outre, il entretiendra en bon état les fils de fer et remplacera les carassous qui en auront besoin. Ne sont pas compris dans les prix ci-dessus les façons d'ébourgeonnage et levage, qui seront payées à raison de 3 F par journal. S'il était nécessaire de lever une seconde fois, cette dernière façon serait payée 1,50 F par journal. La façon d'extraper les bois sera payée 1 F par journal.
Le sieur Tavernier fera faire les sarments, les liera et les portera au bout, et en aura la moitié. Il s'engage à faire lesdites façons en temps et saison, et toutes les fois qu'il en sera requis, et en bon père de famille, faute de quoi le présent contrat sera résilié de plein droit.
Le sieur Tavernier devra porter dans les cuves l'eau nécessaire pour faire la quantité de piquette à laquelle il a droit. Les allées contenues dans ledit prix-fait devront être nettoyées après la dernière façon.
En dehors du prix-fait, les journées seront payées à raison de 2,50 F, comme en hiver, excepté les jours de soufrage qui seront payés 3 F.
Les présentes conditions prendront cours à partir de la Saint-Roch prochain, et dans le cas où l'une des deux parties voudrait se retirer, elle devra prévenir la partie intéressée six mois à l'avance. En outre, les présentes conditions sont faites telles que le comportent les usages.
Fait double et de bonne foi au Château La Grange, les jour, mois et an ci-dessus. — Émile Tavernier / Dufour
Le 17 janvier mil huit cent quatre-vingt-douze.
Entre les soussignés : Mr Henry Dufour, agissant au nom de Monsieur le Marquis de Luppé, et Mr Rodrie, demeurant à Saint-Martin-de-Blaye. Il a été convenu ce qui suit : le sieur Dufour donne à prix-fait au sieur Rodrie, qui accepte, aux conditions suivantes :
1° 4 journaux ½ carraux de vignes situées au lieu-dit Pré-douy, se travaillant à la pioche, à 50 F le journal, soit 210,40 F. Les vignes seront travaillées et ensemencées par le preneur, qui devra fournir la moitié des semences ; les récoltes seront partagées par moitié et ledit Rodrie devra les rendre propres et nettes au Château La Grange, sans aucune indemnité pour cela. Les pailles et fleurs appartiendront au bailleur.
2° Grand-Bois — 2 journaux 8 carraux se labourant à la charrue, à 35 F le journal, soit 73,90 F.
3° Pré-douy — 2 journaux au dit lieu, 70 F.
4° Clos — 2 journaux 12 carraux, 75,80 F.
Total : 430,10 F.
Ces prix sont établis par année, pour les vignes se faisant à la pioche : toutes façons de pioches, de taille et de vignolaisons, etc. Pour les vignes à la charrue : toutes façons de cavaillons, de tailles et vignolaisons, etc. Dans tous les cas, il entretiendra en bon état les fils de fer et remplacera les carassous qui en auront besoin.
Le sieur Rodrie s'engage à faire lesdites façons en temps et saison, et toutes les fois qu'il en sera requis, et ce en bon père de famille, faute de quoi le présent contrat sera résilié de plein droit, sans préjudice des dommages-intérêts qui pourraient être réclamés.
Il sera logé dans la maison sise au marais, ou dans toute autre qu'il conviendrait au propriétaire de lui assigner sur la propriété ; il devra en jouir en bon père de famille. Il aura une vache à garder, dont le fruit sera à moitié, et donnera 8 F pour le lait, par an. Si, pour une cause quelconque, le sieur Dufour venait à supprimer la vache, le sieur Rodrie n'aurait droit à aucune indemnité. Il devra faucher à ses frais le foin et le gloue nécessaires pour nourrir et soigner la vache pendant l'hiver ; le fumier restera et appartiendra au propriétaire.
Ne sont pas compris dans les prix ci-dessus les façons d'ébourgeonnage et levage, qui seront payées à raison de 3 francs le journal pour la première façon. S'il était nécessaire d'ébourgeonner et lever une seconde fois, cette dernière façon ne serait payée que 1,50 F par journal. La façon dite d'extraper les bois de vigne sera payée 1 F par journal.
Le sieur Rodrie fera ou fera faire les sarments, les liera et les portera à chaque bout ; pour ce faire, il aura la moitié des sarments. S'il s'en trouvait trop de sa moitié, le bailleur lui en prendra à raison de 10 F les cent. Il sera donné au sieur Rodrie une Bque de piquette par journal de vigne faite à la pioche, et une demi Bque par journal fait à la charrue. Le sieur Rodrie devra porter dans les cuves l'eau nécessaire pour faire la quantité de piquettes à laquelle il aura droit.
Les allées contenues dans ledit prix-fait devront être nettoyées aussitôt après la dernière façon, ou plus tôt si cela est nécessaire. Les présentes conditions prendront cours à partir de la Saint-Roch prochain, et dans le cas où l'une des deux parties voudrait se retirer, elle devra prévenir l'intéressé six mois avant l'expiration de l'année en cours.
En dehors du prix-fait, le sieur Rodrie devra travailler pour le compte du château, à toute réquisition ; ses journées lui seront payées 2 F l'une. En outre, les présentes conditions sont faites telles que le comporte l'usage.
Fait double et de bonne foi au Château La Grange, les jour, mois et an ci-dessus. Plus 1 Bque rapière. — Rodrie / Dufour
Ces deux contrats nous rappellent qu'à Bordeaux, la vigne fut d'abord un métier de la main : piocher, tailler, vignoler, ébourgeonner, lever, extraper — des gestes payés au journal, mesurés, partagés. Au Château Cazebonne, nous nous reconnaissons dans cette économie du soin. Nous cultivons en biodynamie, à l'échelle de la parcelle, avec une équipe qui travaille encore la vigne à la main, en « bon père de famille » — pour reprendre la formule que l'on retrouve dans les deux contrats nous engageant pour ces travaux de la vigne essentiels. Cette philosophie guide notre approche de vinification.
Château Cazebonne s'engage fermement dans la replantation de ces cépages résistants et historiques, afin de réintroduire à Bordeaux une diversité ampélographique oubliée et de défendre un modèle de viticulture durable. Ce travail de longue haleine est soutenu par une communauté d'amateurs éclairés. Pour en savoir plus sur cette démarche et sur l'histoire de nos vignes, vous pouvez télécharger notre livre « Bordeaux, une histoire de cépages ». N'hésitez pas non plus à tester vos connaissances sur le monde du vin ou à découvrir nos vins disponibles en ligne, le fruit de cette attention particulière portée à notre héritage et à l'avenir de nos terroirs.





Sources
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