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Le contrat de piquette de 1907, une affaire humaine à la Grange

Contexte historique du contrat de piquette

Le début du XXe siècle, particulièrement l'année 1907, fut une période de bouleversements majeurs pour le vignoble bordelais, marqué par la nécessité de s'adapter aux séquelles du phylloxéra. Dans ce contexte de reconstruction et de pénurie, de nombreuses exploitations devaient assurer la subsistance de leurs travailleurs. C'est à cette époque que des accords, comme le contrat de piquette de 1907 pour le domaine de la Grange à Bordeaux, prenaient tout leur sens. Il s'agissait de formaliser un droit coutumier, celui pour les ouvriers agricoles de disposer d'une part de la production pour leur consommation personnelle.

Les acteurs du contrat de 1907

Ce document historique, daté du 8 septembre 1907, n'était pas un simple acte administratif. Il scellait un engagement entre Monsieur Desqueyroux, propriétaire du domaine de la Grange, et seize de ses ouvriers viticoles. Autant de familles dépendantes de la terre et de ses fruits. Ces seize signataires, figures emblématiques d'une époque, représentaient des noms qui résonnent encore dans l'histoire locale, témoins de l'importance de ces pratiques sociales dans la vie rurale. Le texte, rédigé avec précision, visait à éviter tout litige sur les modalités de la livraison de cette boisson, prouvant l'importance de ce "privilège" pour les ouvriers.

Détails du contrat : la piquette comme élément vital

Le cœur du contrat résidait dans l'engagement du propriétaire à fournir à ses ouvriers un volume déterminé de piquette, estimée à 500 litres par foyer et par an. La piquette elle-même n'était pas un vin de qualité supérieure, mais une boisson obtenue par refermentation du marc de raisin avec de l'eau, destinée à désaltérer les travailleurs à moindre coût et à faible degré d'alcool. Les modalités étaient claires : la livraison devait s'effectuer en deux fois, une partie à la Toussaint, l'autre à Noël, à la propriété. Le contrat stipulait également les responsabilités de chacun, notamment la fourniture des barriques par les ouvriers et l'interdiction formelle de vendre cette piquette, soulignant son caractère de subsistance, non commercial. (Plus d'informations sur la piquette ici).

Conséquences économiques et sociales

L'instauration de tels contrats fut une réponse pragmatique aux difficultés économiques de l'époque et aux besoins de la main-d'œuvre. Elle garantissait aux ouvriers une ressource essentielle pour leur consommation quotidienne, réduisant ainsi une part de leurs dépenses et renforçant le lien social avec le propriétaire. Pour les domaines viticoles, c'était un moyen de fidéliser les équipes dans une période où la main d'œuvre qualifiée était précieuse, surtout après les ravages du phylloxéra et les contrats de 1892 et 1895 qui se développaient. Ce type de contrat mettait en lumière la valeur du travail et le rôle de chaque individu dans la production viticole.

Une résonance contemporaine au Château Cazebonne

Ce contrat, signé il y a plus d'un siècle, nous ramène à une évidence parfois oubliée : le vin, à Bordeaux, fut avant tout une affaire humaine. Seize signataires, seize familles dépendant de cette précieuse piquette du domaine, cela nous rappelle l'échelle humaine qui a façonné nos vignes. Au Château Cazebonne, nous nous efforçons de retrouver cette dimension aujourd'hui. Notre domaine fonctionne à taille d'équipe, où les repas, les gestes et le fruit du travail sont encore partagés, dans un esprit de convivialité hérité de ces pratiques ancestrales. Notre Pét-Nat Bulbonne, légèrement pétillant, vif et désaltérant, est à sa manière un clin d'œil contemporain à ces vins simples que buvaient les ouvriers de La Grange.

Nous sommes convaincus que replanter les cépages disparus de Bordeaux, cultiver la vigne comme une philosophie vivante et travailler nos terroirs parcelle par parcelle, s'inscrit dans cette même démarche : rendre au vin ses visages multiples et à ceux qui le font leur juste place. Ce processus s'ancre dans une volonté de valoriser le patrimoine viticole bordelais, de la même manière que la loi de 1907 encadrait des pratiques séculaires. Il en est de même pour l'arpentement de La Reynie à Peyron (1697). Ce travail de réhabilitation est rendu possible grâce à l'engagement des amateurs qui ont adopté nos vins, participant ainsi à la renaissance de ces cépages d'antan. Pour en savoir plus sur cette démarche, n'hésitez pas à télécharger notre livre « Bordeaux, une histoire de cépages » et à tester vos connaissances vinicoles grâce à nos quizz œnologiques. Nous vous invitons également à découvrir nos vins en ligne, fruits de cette passion et de ce respect pour l'histoire et l'avenir du vignoble bordelais.

Contrat de piquette 1907 — page 1
Contrat de piquette 1907 — page 1
Contrat de piquette 1907 — page 2
Contrat de piquette 1907 — page 2
Contrat de piquette 1907 — page 3
Contrat de piquette 1907 — page 3

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