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À la fin du XIXe siècle, le vignoble français est frappé coup sur coup par deux fléaux venus d'Amérique : le phylloxéra, qui dévore les racines des vignes européennes, puis le mildiou, qui pourrit les feuilles et les grappes. Un homme, discret et méthodique, apporte à ces deux crises les réponses techniques qui sauveront la viticulture : Pierre-Marie-Alexis Millardet (1838–1902), botaniste, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux.
Né le 13 décembre 1838 à Montmirey-la-Ville, dans le Jura, Millardet étudie la médecine et la botanique à Paris, puis part se former en Allemagne — à Heidelberg, Halle et Fribourg — auprès des maîtres de la mycologie de l'époque. Docteur ès sciences en 1869, il enseigne à Strasbourg, puis, après l'annexion de l'Alsace, à Nancy. En 1876, il est nommé titulaire de la chaire de botanique de la Faculté des sciences de Bordeaux : c'est là, au cœur d'un vignoble en train de mourir, qu'il mènera l'essentiel de ses travaux.
Dès son arrivée à Bordeaux, Millardet s'attaque au phylloxéra. Avec Léo Laliman, Gaston Bazille et quelques autres, il défend une idée alors controversée : puisque le puceron vient d'Amérique et que les vignes américaines lui résistent, il faut greffer les cépages français sur des porte-greffes américains. Il consacre plus de vingt ans à étudier la résistance et l'adaptation des espèces américaines aux terroirs français.
De ses croisements naissent deux porte-greffes qui, aujourd'hui encore, portent le vignoble français et mondial :
C'est précisément à cette période que Jean Élie, régisseur du Château du Bouilh, replante des dizaines d'hectares en vignes greffées et réalise « un à deux millions de greffes par an ». Millardet lui-même y confie à son fils Edmond un champ d'essais ampélographique : les recherches du savant et le travail de terrain du régisseur se rencontrent, très concrètement, sur les coteaux de Saint-André-de-Cubzac.
À peine le phylloxéra maîtrisé, un nouveau parasite s'installe dans le vignoble à partir de 1878 : Plasmopara viticola, le mildiou. En 1882, en Médoc, Millardet observe un détail qui change tout : les rangs de vigne bordant les chemins, badigeonnés d'un mélange de sulfate de cuivre et de chaux par les propriétaires pour dissuader les passants de manger le raisin, sont les seuls à rester sains.
De cette observation naît, en 1885, la bouillie bordelaise : la première formulation efficace, publiée dans le Journal d'agriculture pratique. Ce fongicide cuprique, simple et peu coûteux, devient très vite un standard mondial ; il reste, un siècle et demi plus tard, autorisé en viticulture biologique et employé sur tous les continents.
Millardet publie relativement peu, mais toujours après des années d'expérimentation minutieuse : Histoire des principales variétés et espèces de vignes d'origine américaine qui résistent au phylloxéra (1885), le Traité sur le mildiou et le rot (1887, avec Ulysse Gayon), et de nombreuses notes à l'Académie des sciences. Il meurt à Bordeaux le 15 décembre 1902, laissant à la viticulture française deux outils sans lesquels le vignoble tel que nous le connaissons n'existerait tout simplement plus : la greffe sur porte-greffes américains et la bouillie bordelaise. Pour en savoir plus sur les défis sanitaires du vignoble bordelais, notamment la crise de l'oïdium à Bordeaux, consultez notre journal.
Aujourd'hui encore, sur nos coteaux de Saint-Pierre-de-Mons, chaque pied de vigne est greffé sur un porte-greffe issu de la lignée Millardet, et chaque décision de traitement au cuivre en biodynamie remonte, en droite ligne, à son observation médocaine de 1882. Sans lui, ni les Cabernet-Malbec de Jean Élie, ni la biodiversité variétale que nous cultivons à Cazebonne n'auraient pu voir le jour.
Le Château de Cazebonne perpétue à sa manière l'héritage de Millardet et des vignerons-obtenteurs de la fin du XIXe siècle : replanter, croiser, conserver, transmettre. Nous cultivons plus de trente cépages bordelais historiques — dont les fameux Cabernet-Malbec Élie — en biodynamie certifiée.
Château Cazebonne s'engage dans la préservation des cépages anciens de Bordeaux, un travail soutenu par les amateurs de vin. Vous pouvez découvrir nos vins en ligne et contribuer à cette démarche en explorant notre boutique. Pour tester vos connaissances, des quizz œnologiques sont à votre disposition. Enfin, le livre « Bordeaux, une histoire de cépages » est disponible au téléchargement pour approfondir ce sujet.
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