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Folle blanche

Le cépage Folle Blanche, un ancêtre noble au caractère acidulé

Parmi les trésors viticoles que Château Cazebonne s'efforce de faire revivre figure la Folle Blanche, un cépage autrefois omniprésent mais aujourd'hui largement méconnu. Son histoire, riche en rebondissements, est celle d'une ascension fulgurante suivie d'un lent déclin, emblématique de l'évolution du vignobles bordelais au fil des siècles.

La Folle Blanche a voyagé à travers les terroirs sous de multiples identités : Enrageat, Rebauche, Piquepout, ou encore Gros Plant dans le Pays Nantais. Dès 1784, les inventaires de Dupré de Saint-Maur la mentionnent, sous le nom de Folle Blanche dans la Subdélégation de Libourne et d'Enrageat à Bazas. Il faudra attendre 1832 pour qu'A. Jullien établisse clairement le lien entre ces différentes appellations, reconnaissant la Folle Blanche, l'Enrageat et le Piquepout comme des synonymes d'un même cépage.

À l'aube du 19ème siècle, la Folle Blanche connut une popularité sans précédent. Auguste Petit-Lafitte la classait même en 1868 dans la "Première division" des cépages blancs, tandis que Féret, un peu plus tard, la reléguait au rang de cépage secondaire, non sans reconnaître ses qualités de productivité. En effet, sa robustesse face à l'oïdium fut un atout majeur à une époque où les traitements phytosanitaires étaient coûteux et peu accessibles. Elle devint alors la bouée de sauvetage des vignobles moins fortunés, dominant près de 90% de l'encépagement blanc de l'Entre-Deux-Mers à la fin du 19ème siècle. Cette formidable résistance permit à de nombreux vignerons de subsister face à la maladie, creusant hélas un peu plus le fossé entre les régions viticoles "riches" et "pauvres".

Cependant, cette même productivité, décuplée après le greffage, finit par lui être préjudiciable. La Folle Blanche fut progressivement supplantée par des cépages jugés plus qualitatifs ou plus adaptés à la demande du marché, tels le cépage Ugni blanc (appelé "Saint-Émilion" à Bordeaux) et le Colombard. Bien que sa filiation avec le cépage Gouais en fasse un ancêtre noble, son caractère précoce au débourrement comme à la maturité (première ou deuxième époque), et la nature acidulée de ses vins, propices à la distillation, ne purent inverser la tendance de son déclin massif au cours du 20ème siècle. Elle laissa alors la place au Colombard, à l'Ugni Blanc et au cépage Merlot blanc, sans oublier le cépage Sauvignonasse.

Fiche ampélographique

Caractéristique Description
Débourrement Précoce (1 jour après le Chasselas)
Maturité Première ou deuxième époque (une semaine et demie après le Chasselas)
Vigueur Vigoureuse
Rendement Très productif
Sensibilité mildiou Peu sensible
Sensibilité oïdium Bonne résistance
Sensibilité botrytis Sensible à la pourriture grise en fin de saison
Sensibilité black-rot Résistance moyenne
Potentiel en vinification Donne des vins acides, à faible degré alcoolique, idéaux pour la distillation (eaux-de-vie). En monocépage, il peut produire des vins blancs secs vifs.

Un héritage ampélographique et historique

La Folle Blanche est un cépage ancien dont les traces sont bien établies dans l'histoire viticole. Elle est directement issue du Gouais, un parent commun à de nombreux cépages européens, ce qui atteste de son ancienneté et de son importance dans le patrimoine génétique viticole. Sa présence est notée dans les inventaires de Dupré de Saint-Maur dès la fin du XVIIIe siècle, sous diverses appellations locales. Le cépage était particulièrement prisé pour sa productivité et sa relative résistance aux maladies fongiques à une époque où le vignoble était démuni face à l'oïdium, comme le relate J.B. Duquesne. Cela lui a permis de dominer l'encépagement blanc de l'Entre-Deux-Mers avant le phylloxéra et l'avènement de cépages comme le Ugni Blanc et le Colombard, mieux adaptés aux volumes exigés par le marché moderne du vin.

Chez Château Cazebonne, nous nous engageons à redonner à la Folle Blanche la place qu'elle mérite dans le paysage viticole bordelais. En replantant ce cépage oublié, nous contribuons à restaurer la diversité et la richesse de notre patrimoine. Ce travail minutieux est rendu possible grâce au soutien inestimable des nombreux amateurs qui ont adopté nos vins et partagent notre passion pour la redécouverte. Pour explorer l'aboutissement de cette démarche et déguster nos cuvées issues de ces cépages retrouvés, nous vous invitons à visiter la boutique de Cazebonne. Si vous souhaitez en apprendre davantage sur cette histoire viticole fascinante, n'hésitez pas à télécharger notre livre « Bordeaux, une histoire de cépages ». Pour tester vos connaissances sur les cépages et l'oenologie, participez à nos quizz et devenez incollable sur le vin de Bordeaux.

Sources

  • Bordeaux, une histoire de cépages — Jean-Baptiste Duquesne, Éditions BBD
  • Ampélographie universelle, ou Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renom — Comte Odart, A la librairie agricole — p. 72
  • Test Cépages — Jean-Baptiste Duquesne, Éditions BBD — p. 161
  • Plantgrape — fiche « Folle blanche » — INRAE / IFV / Institut Agro Montpellier

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