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Si la Syrah n'est pas native des terres girondines, son histoire bordelaise est pourtant fascinante et mériterait d'être davantage connue. Nous la classons volontiers parmi les "cépages oubliés de Bordeaux" en raison de l'engouement qu'elle a suscité chez certains vignerons locaux au XIXe siècle, avant de retomber dans l'anonymat.
Dès 1892, Joseph Daurel soulignait déjà l'intérêt notable pour cette variété, rapportant que « la bonne qualité du vin produit par ce cépage a décidé plusieurs propriétaires à l'introduire dans leur vignoble ». Cette appréciation est corroborée par le célèbre ouvrage de Cocks, attestant que la Syrah, « cépage importé, en assez grande quantité, depuis quelques années, du célèbre vignoble de l'Hermitage », produisait un « vin ferme et très corsé. Excellent. »
Le témoignage de M. Dupuits, propriétaire à Gradignan en 1860, est particulièrement éloquent. Dans une contribution à l'Industrie, il affirmait : « Je l'ai introduit dans la Gironde depuis 22 ans. Il n'a pas cessé de se montrer supérieur à tous les cépages du département sans exception, et il a l'inappréciable avantage d'en améliorer les produits et de donner à lui seul et sans mélange un vin complet… Un temps viendra où il remplacera la plupart des cépages de la Gironde, au grand avantage du commerce, de l'État et surtout du propriétaire. » Il louait ses qualités exceptionnelles : « promptitude à se mettre à fruit, résistance aux intempéries, abondance des produits, supériorité de la liqueur. » Même Auguste Petit-Lafitte, dans "La vigne dans le bordelais" (1868), classait la "Sirrha" comme cépage de "deuxième division", aux côtés de variétés comme le Mancin et le Merlot.
Malgré ces éloges, l'implantation de la Syrah à Bordeaux demeura limitée. La crise du phylloxéra, à la fin du XIXe siècle, sonna le glas de son développement, le vignoble n'étant pas reconstitué avec ce cépage. Ironiquement, Bordeaux avait par ailleurs une longue tradition d'"hermitage" ses vins, consistant à assembler des vins bordelais avec des vins de la Vallée du Rhône (dont la Syrah est la star) pour leur conférer plus de corps.
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Synonymes | Serine, Shiraz |
| Débourrement | Tardif, environ 5 jours après le Chasselas. |
| Floraison | Relativement tardive. |
| Véraison | Moyennement tardive. |
| Maturité | Deuxième époque (20 jours après le Chasselas). |
| Vigueur | Moyenne à forte. |
| Port | Érigé. |
| Sensibilité mildiou | Moyenne. |
| Sensibilité oïdium | Moyenne à élevée. |
| Sensibilité botrytis | Moyenne (les grappes serrées sont plus sensibles). |
| Sensibilité black-rot | Moyenne. |
| Profil aromatique | Notes de cassis, mûre, framboise, violette, poivre noir, réglisse, fumée. |
| Potentiel en vinification | Vins colorés, riches en tanins, aptes au vieillissement. Grande capacité aromatique. |
L'histoire de la Syrah à Bordeaux est un exemple probant des dynamiques complexes qui ont façonné le vignoble girondin. Avant la crise du phylloxéra, le choix des cépages était intimement lié aux caractéristiques du terroir de chaque parcelle, une pratique qui, bien qu'exigeante, favorisait une grande biodiversité. Le phylloxéra et la généralisation du greffage ont profondément modifié cet équilibre, permettant de planter certains cépages presque partout, mais conduisant aussi à une uniformisation de l'encépagement, au détriment de variétés moins répandues comme la Syrah.
Au XIXe siècle, époque où le vignoble bordelais comptait 130 000 hectares, la Syrah montrait une réelle promesse pour certains vignerons, louée pour les qualités de ses vins. Toutefois, elle n'a jamais pu s'imposer durablement face aux cépages traditionnels. La période post-phylloxérique a vu le Merlot et le Cabernet-Sauvignon devenir dominants. Cette évolution fait écho à la réflexion sur les cépages oubliés et la difficulté à les maintenir face aux catastrophes sanitaires ou aux choix économiques. Pourtant, comme le souligne Jean-Baptiste Duquesne, le phylloxéra a été un "game changer", et a eu une portée souvent sous-estimée sur la diversité des vignobles.
À Château Cazebonne, notre démarche va au-delà de la simple histoire. Nous nous engageons à redonner vie à ce patrimoine viticole oublié, en replantant ces cépages qui ont jalonné l'histoire de Bordeaux. Ce travail de mémoire et de persévérance est rendu possible grâce au soutien inestimable des nombreux amateurs qui ont adopté nos vins et partagent notre passion. Si cette exploration des cépages anciens vous passionne, vous pouvez télécharger une version numérique du livre « Bordeaux, une histoire de cépages » pour approfondir vos connaissances. N'hésitez pas également à tester vos acquis sur nos quizz œnologiques, et bien sûr, pour découvrir l'aboutissement de cette démarche et déguster nos cuvées issues de ces cépages retrouvés, nous vous invitons à visiter Cinsaut : un cépage méditerranéen de passage à Bordeaux ?, et découvrir notre processus de retrouver ces cépages.
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