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Ampélographie de Bordeaux

Ampélographie Bordelaise : Retracer l'ADN d'un Vignoble Millénaire

L'ampélographie, définie comme la science de l'identification, de la description et de la classification des cépages (les différentes variétés de vigne, Vitis vinifera), est bien plus qu'une simple nomenclature. Appliquée à Bordeaux, elle devient une clé indispensable pour déverrouiller une histoire viticole d'une richesse et d'une complexité souvent sous-estimées. Loin de l'image parfois réductrice d'un vignoble dominé par une poignée de stars, l'ampélographie historique nous révèle une biodiversité passée bien plus vaste, véritable reflet de la singularité de nos terroirs.

Les découvertes de l'ampélographie moderne et historique

Le travail minutieux des ampélographes, qu'ils soient d'hier ou d'aujourd'hui, est fondamental. Il nous a permis d'abord d'identifier les cépages anciens. Grâce à l'étude des caractéristiques morphologiques (forme des feuilles, des grappes, des sarments), des synonymes locaux et des mentions dans les textes historiques – des agronomes romains jusqu'aux traités ampélographiques des XIXe et XXe siècles – des dizaines de variétés autrefois cultivées à Bordeaux ont pu être caractérisées.

L'ampélographie moderne, forte des avancées de l'analyse ADN, a révolutionné notre compréhension des filiations. Elle a par exemple confirmé que le Cabernet Sauvignon est issu du Cabernet Franc et du Sauvignon Blanc. Elle a aussi révélé le lien de parenté entre le Merlot et le Malbec, partageant la Magdeleine noire des Charentes : la mère oubliée du Merlot et du Malbec comme ascendant. Et qui aurait cru que le Gouais Blanc, modeste cépage, soit l'ancêtre d'une multitude de variétés comme la Muscadelle ou le Colombard ? Ces études éclairent également les origines de cépages oubliés tel le Gros Cabernet (Fer x Txakoli Noir), démontrant un enracinement profond et parfois inattendu de notre patrimoine génétique.

Au-delà de la classification, l'ampélographie est une formidable machine à remonter le temps. Elle permet de retracer l'histoire d'un cépage : son introduction, sa période d'apogée, puis son déclin potentiel, souvent lié aux crises (phylloxéra, oïdium), à l'évolution des pratiques culturales (greffage), aux influences commerciales (comme celles des Hollandais ou des Anglais), ou aux réglementations (les différentes définitions des AOC). Des figures majeures telles que le Comte Odart, Victor Rendu, Pierre Galet : le père de l'ampélographie moderne, ou les auteurs de l'Ampélographie monumentale du début du XXe siècle, Viala et Vermorel, sans oublier les bordelais comme Édouard Féret, ont joué un rôle capital dans la documentation de ce patrimoine ampélographique. Le livre "Bordeaux, une histoire de cépages" s'appuie d'ailleurs largement sur leurs travaux, offrant un panorama exhaustif de cette richesse oubliée.

Au Château Cazebonne, l'ampélographie est bien plus qu'une science : c'est un guide essentiel pour notre projet audacieux. Elle nous oriente dans l'identification des variétés en voie de disparition, affûte notre compréhension de leur histoire et nous aide à évaluer leur potentiel oenologique. C'est une discipline vivante qui nous permet de tisser un lien indéfectible entre notre passé viticole glorious et l'avenir de nos cuvées. Ce travail de mémoire et de persévérance est rendu possible grâce au soutien inestimable des nombreux amateurs qui ont adopté nos vins et partagent notre passion pour la redécouverte du patrimoine viticole bordelais.

Pour explorer l'aboutissement de cette démarche et déguster nos cuvées issues de ces cépages retrouvés, nous vous invitons à visiter la boutique de Cazebonne.

Pour approfondir vos connaissances sur cette histoire fascinante, Jean-Baptiste Duquesne a publié l'ouvrage "Bordeaux, une histoire de cépages" aux Éditions BBD. Si vous souhaitez en recevoir la version numérique par e-mail, rendez-vous sur recevoir la version numérique.

Un héritage viticole bordelais pluriséculaire

L'histoire ampélographique de Bordeaux est liée à son développement viticole dès l'époque romaine, autour du IIe siècle avant J.-C., le long de la Garonne. L'introduction de cépages exogènes a pu être favorisée par la construction de la Via Aquitania au Ier siècle après J.-C., complétant d'éventuelles vignes sauvages locales. Des auteurs antiques, dont Pline et Columelle, mentionnaient un cépage « biturica » au Ier siècle de notre ère. Son origine demeure incertaine, avec des liens suggérés avec le peuple celte des Bituriges Vivisques, fondateurs de Burdigala, ou avec le Cabernet Franc et ses vignes sauvages pyrénéennes. Cette diversité génétique de la Vitis vinifera résulte d'une évolution complexe de la vigne cultivée, façonnée par l'histoire (T. Lacombe). Au 20e siècle, la recherche ampélographique bordelaise a joué un rôle clé dans la préservation et l'étude de cette diversité. Dès 1937, la station de la Grande Ferrade a initié une collection de près de 400 variétés, incluant des cépages traditionnels et des clones locaux des principaux cépages. Ces travaux précurseurs en France ont été menés par des ampélographes tels que Louis Levadoux, Marcel Durquéty, Max Rives, Marc Hévin, Philippe Leclair et Louis Bordenave, sous l'égide notamment de l'INRA après 1946. Ils ont permis d'éclairer les origines pluriséculaires des cépages et de constituer des conservatoires essentiels pour la connaissance et la sélection de l'encépagement, bien avant l'inscription de certains cépages secondaires au Catalogue officiel.

Les pionniers et contributeurs à l'ampélographie bordelaise

L'étude et la conservation de l'encépagement bordelais se développent grâce aux contributions de plusieurs ampélographes et historiens. Parmi les pionniers, le Comte Odart a produit des travaux significatifs sur la classification des cépages. Plus récemment, Pierre Galet est reconnu pour ses avancées dans l'identification variétale par des méthodes systématiques. Les travaux d'Édouard Féret et les Éditions Féret à Bordeaux ont également documenté l'évolution du patrimoine viticole régional. Ces recherches ont permis de comprendre l'évolution des cépages, incluant leur apogée et leur déclin, souvent liés à des crises comme le phylloxéra ou l'oïdium. Ces éléments sont essentiels pour appréhender la simplification progressive de l'encépagement observée dans le vignoble bordelais, notamment après des événements tels que les gelées de l'hiver 1956. Dès 1937, la station de la Grande Ferrade, près de Bordeaux, a initié un travail précurseur de conservation. Elle abritait une collection de cépages et de clones de variétés locales, participant à la préservation de la diversité génétique de la vigne.

La diversité retrouvée des cépages historiques de Bordeaux

Contrairement à l'idée répandue d'un encépagement bordelais réduit à quelques cépages "nobles", les recherches ampélographiques révèlent une diversité bien plus grande par le passé. Avant l'établissement des Appellations d'Origine Contrôlée (AOC) à partir de 1935 et la forte mortalité des vignes durant les gelées de l'hiver 1956, une pluralité de cépages rouges (comme le Malbec, le Petit Verdot, et même la Carménère) et blancs (tels que Sauvignon, Sémillon, Muscadelle) constituaient la richesse des vignobles. Au-delà de ces variétés encore connues, l'histoire recèle une multitude de cépages oubliés ou même disparus de Bordeaux. Ces variétés offraient des profils aromatiques et des adaptations aux terroirs spécifiques, contribuant à la singularité et à la résilience du vignoble. L'étude de ces cépages d'antan est essentielle pour comprendre l'évolution du goût et des pratiques viticoles régionales.

Le rôle des conservatoires de cépages de la Chambre d'Agriculture

Face à l'érosion génétique causée par les crises viticoles et la rationalisation des choix variétaux, la mise en place de conservatoires de cépages est devenue indispensable. Dans le Bordelais, cette mission a été initiée très tôt, bien avant d'autres régions viticoles françaises. Dès 1937, la station de la Grande Ferrade, acquise par l'État en 1921 et dédiée à l'agronomie, abritait déjà une collection impressionnante de près de 400 variétés, incluant cépages traditionnels de cuve et de table, hybrides producteurs directs et porte-greffes, ainsi que des clones de variétés majeures comme le Cabernet-Sauvignon et le Merlot. Ce travail précurseur, qui a précédé le début officiel de la sélection française en 1944, a permis la diffusion de matériel végétal issu de sélections massales contrôlées. Aujourd'hui, diverses structures régionales, regroupées au sein d'un réseau animé par l'Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), continuent cette œuvre de maintien, de sélection et de multiplication du matériel végétal local. Elles sont les gardiennes d'un patrimoine génétique vital pour l'avenir de la viticulture face aux défis climatiques et sanitaires.

Château Cazebonne, un conservatoire vivant des cépages bordelais

Au Château Cazebonne, nous nous inscrivons activement dans cette démarche de préservation et de valorisation du patrimoine ampélographique bordelais. Notre domaine est devenu un véritable conservatoire de cépages oubliés, en replantant et en étudiant les variétés qui faisaient la richesse et la diversité des vins de Bordeaux autrefois. Cette approche nous permet non seulement de redécouvrir des goûts et des arômes perdus, mais aussi d'explorer la résilience et l'adaptabilité de ces cépages face aux enjeux climatiques actuels. Grâce à ce travail méticuleux et passionné, les vins de Cazebonne sont une expression contemporaine d'une histoire viticole riche et complexe, offrant des cuvées uniques qui témoignent de cette biodiversité retrouvée. Notre engagement pour les cépages résistants à Bordeaux est au cœur de notre identité.

Au Château Cazebonne, nous sommes fiers de contribuer à la redécouverte des cépages anciens de Bordeaux, un travail passionnant rendu possible grâce au soutien des amateurs qui adoptent nos vins et partagent notre passion. Pour en apprendre davantage sur cette fascinante histoire des cépages bordelais, nous vous invitons à télécharger notre livre "Bordeaux, une histoire de cépages". N'hésitez pas également à tester vos connaissances sur le vin grâce à nos quizz œnologiques, et bien sûr, à découvrir l'expression unique de notre terroir et de nos cépages retrouvés en visitant notre boutique en ligne. Ou bien à consulter le travail de Georges Bord sur l'encépagement bordelais en 1932 pour une perspective historique plus approfondie. Une des nouvelles adaptations climatiques à Bordeaux est le Liliorila.

Sources

  • Bordeaux, une histoire de cépages — Jean-Baptiste Duquesne, BBD éditions — Partie 2
  • Cépages des vignobles girondins : Un inventaire patrimonial - Pour quelles valorisations ? — Olivier Yobregat — Partie 1
  • Bordeaux, une histoire de cépages — Jean-Baptiste Duquesne, BBD éditions — Partie 18
  • Bordeaux, une histoire de cépages — Jean-Baptiste Duquesne, BBD éditions — Partie 19

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