L'incontournable92/100 RVFComme en 1900 rouge 2022
Vin de France — cépages d'antan, 92/100 RVF
L'assemblage bordelais d'avant phylloxéra, ressuscité au domaine.
Castets, Mancin, Pardotte : le Bordeaux d'avant le Bordeaux.
J'en profiteCépages
On entend partout que le climat change et que les cépages peinent à suivre. Le merlot mûrit trop vite, les degrés grimpent, les acidités fondent. Pourtant, à bien regarder, la réponse n'est peut-être pas dans le laboratoire ni dans l'import de cépages méditerranéens : elle est peut-être déjà là, dans les rangs oubliés de nos propres vignobles. Un cépage adapté à son terroir n'est pas une idée romantique. C'est une réalité agronomique qui se mesure dans le verre, millésime après millésime.
Un cépage est adapté à son terroir lorsqu'il atteint, sans forcer, son triptyque d'équilibre : le sucre, l'acidité et la maturité phénolique. Le sucre donne le degré potentiel, l'ossature du vin. L'acidité porte la fraîcheur, la buvabilité, la capacité de garde. La maturité phénolique — peaux, pépins, tanins, arômes — donne la trame et la signature. Le problème de nos décennies chaudes, c'est que ces trois courbes se désynchronisent : le sucre file trop vite, l'acidité s'effondre avant que les tanins ne soient prêts. On récolte alors entre deux maux : un vin vert si l'on attend pas, un vin lourd si l'on attend.
Un cépage véritablement adapté garde ces trois horloges réglées ensemble. Il mûrit lentement, conserve son acidité malgré la chaleur, et arrive à maturité phénolique à des degrés modérés. C'est exactement ce que nos grands-parents appelaient « un cépage de chez nous ».
Le Bordelais comptait autrefois des dizaines de cépages rouges. Le mildiou, le phylloxéra puis la standardisation commerciale les ont balayés au profit de quelques variétés internationales. Or beaucoup de ces cépages oubliés ont été sélectionnés pendant des siècles, par des générations de vignerons, précisément parce qu'ils donnaient ici des vins équilibrés sans artifice. Ils sont tardifs, résistants, acides quand il le faut, modérés en alcool. Les replanter n'est pas une nostalgie : c'est une anticipation.
Au Château Cazebonne, nous co-fermentons le Bouchalès avec nos Castets depuis trois ans maintenant. Le Castets apporte la couleur, la matière, une trame tannique noble. Le Bouchalès, tardif et vif, joue l'équilibriste : il tend le vin, allonge la finale, garde la fraîcheur quand l'été a tapé fort. À eux deux, ils réalisent ce qu'aucun cépage moderne ne fait seul ici : un triptyque sucre-acidité-maturité qui s'assemble naturellement, sans acidifier ni désalcooliser. C'est l'assemblage avant l'assemblage, décidé à la vigne et non à la cuve.
La Saint-Macaire est un cas d'école. Même dans les millésimes chauds, elle conserve des acidités fortes, presque désinvoltes. Là où d'autres cépages s'affaissent dès que l'août chauffe, elle tient son malique et son tartrique avec une régularité remarquable. Dans un assemblage, quelques pourcents suffisent à redresser un vin, à lui rendre sa buvabilité. Nos ancêtres le savaient, qui la gardaient dans leurs mélanges complantés.
Le Jurançon noir répond à l'autre défi du siècle : les degrés. Là où tant de rouges flirtent avec 14 ou 15 %, il conserve des degrés modérés, autour de 12 %, sans rien sacrifier à la maturité phénolique. Peaux mûres, arômes nets, tanins fondus — et une mesure d'alcool qui laisse le vin digeste et frais. C'est la démonstration qu'un cépage adapté à son terroir ne court pas après le sucre.
Tout le débat sur l'adaptation au changement climatique se résume peut-être à cela : faut-il corriger le vin à la cave, ou choisir la vigne qui n'a pas besoin d'être corrigée ? Chaque hectare de cépage oublié replanté est un hectare qui demandera moins d'interventions, moins d'intrants, moins d'artifices. Le triptyque d'équilibre n'est pas un idéal abstrait : c'est le critère le plus concret pour juger si un cépage a sa place sur un terroir.
À Cazebonne, nous avons fait ce choix il y a vingt ans, et chaque millésime le confirme : les cépages d'autrefois ne sont pas derrière nous, ils sont devant.
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