L'incontournable92/100 RVFComme en 1900 rouge 2022
Vin de France — cépages d'antan, 92/100 RVF
L'assemblage bordelais d'avant phylloxéra, ressuscité au domaine.
Castets, Mancin, Pardotte : le Bordeaux d'avant le Bordeaux.
J'en profiteArchives du domaine

En juillet 1932, la publication de l'Essai sur les variations de l'encépagement dans le vignoble bordelais par Georges Bord, membre éminent de la Chambre d'Agriculture de la Gironde, marque un jalon essentiel dans l'histoire viticole bordelaise. Cet ouvrage voit le jour à un moment charnière. Si la loi du 6 mai 1919 avait introduit le principe des appellations d'origine, c'est bien la loi Capus du 22 juillet 1927 qui vient renforcer ce cadre légal. Désormais, pour qualifier les « usages locaux, loyaux et constants », les juges doivent non seulement considérer la nature et l'exposition du sol, mais aussi obligatoirement prendre en compte l'encépagement des parcelles.
Face à cette nouvelle exigence, la Chambre d'Agriculture de la Gironde est chargée de structurer ces usages. Deux questions fondamentales doivent être résolues : existe-t-il des cépages intrinsèquement girondins ? et quels cépages sont véritablement aptes à produire le « vin de Bordeaux » ? Le travail de Georges Bord, de son propre aveu, est explicitement destiné à « faciliter sa réponse ». Son étude sert ainsi de socle à la chambre consulaire agricole pour l'élaboration des futurs cahiers des charges des AOC bordelaises, qui seront mis en place à partir de 1936.
Pour fonder son analyse, Georges Bord entreprend une vaste enquête historique, remontant deux siècles en arrière. Il s'appuie sur des documents anciens et variés : le manuscrit de l'abbé Bellet datant de 1736, listant une trentaine de cépages comme le Balouzat, le Verdot ou le Sémillon ; la correspondance de l'intendant Dupré de Saint-Maur ; l'impressionnante collection ampélographique des frères Bouchereau à Carbonnieux (qui comptait jusqu'à 1 200 variétés avant d'être détruite) ; et enfin, l'édition de 1929 de Bordeaux et ses vins, ouvrage de référence des Éditions Féret.
De cette investigation minutieuse, il dégage un ensemble de cépages qu'il estime dignes des appellations d'origine contrôlée. Cette liste inclut les classiques : Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Merlot, Malbec (Cot), Petit et Grand Verdot, Carmenère, Sémillon, Sauvignon et Muscadelle. À ces variétés s'ajoutent quelques cépages qu'il considère comme « plus récemment introduits », tels l'Ugni blanc, le Colombard ou le Cavalié (Len de l'el).
La liste des cépages validée par Georges Bord et la Chambre d'Agriculture a eu un impact direct et majeur sur les décrets d'appellation qui ont suivi, principalement à partir de 1936. Les variétés qu'il a marginalisées ou écartées ont, de fait, progressivement disparu des cahiers des charges, et par conséquent, du droit d'être replantées pour plusieurs décennies. Son Essai est ainsi devenu un texte fondateur, bien que souvent méconnu, qui a façonné pour près d'un siècle la palette variétale autorisée dans le vignoble bordelais, influençant profondément son identité et sa production. L'auteur, M. Bord, souligne lui-même que cette étude fut « la base de discussion des cahiers des charges des appellations » (Bord, 1932).
L'étude de Georges Bord, bien que structurante, présente certaines limites inhérentes à son époque et à sa méthodologie. Elle s'appuie majoritairement sur la littérature viticole du XIXe siècle, privilégiant ainsi les grandes propriétés du Médoc et de Sauternes. Ce biais documentaire a eu pour conséquence d'ignorer une grande partie du vignoble paysan, qui cultivait une riche diversité de « cépages d'antan » comme le Boucherès, le Mancin, ou le Pardotte, comme le rapportent des ampélographes tels que M. Bouchereau (Bouchereau, 1843). Ces cépages, très présents sur le terrain, furent écartés au profit de variétés jugées plus « nobles » par le grand négoce, un critère implicite de prestige primant souvent sur les qualités agronomiques ou organoleptiques des variétés paysannes. De plus, son travail a été réalisé après les crises du phylloxéra et de l'oïdium, à un moment où la reconstitution du vignoble avait déjà réduit la diversité des cépages.
Sans contester la qualité des cépages que Bordeaux a retenus, Jean-Baptiste Duquesne relève dans une publication du domaine trois limites au raisonnement de l'Essai, qui conclut qu'il faut adopter sans hésitation le cabernet-sauvignon, le merlot, le sauvignon et le sémillon plébiscités par la littérature du XIXe siècle.
Toujours selon cette lecture, les cépages accessoires sont tolérés lors de la création des premières appellations, avec un délai de dix ans pour les arracher. Le gel de 1956, qui impose de replanter une grande partie du vignoble, achève leur disparition au profit du merlot en rouge et du sauvignon en blanc. Sans cet Essai, l'encépagement bordelais n'aurait peut-être pas été le même ; à nous, vignerons bordelais, de redonner sa chance à ce patrimoine ampélographique, où se trouvent sans doute des solutions pour l'avenir. Voir aussi notre page sur les cépages oubliés de Bordeaux.
Source complémentaire : Wikipédia, « Pont de pierre (Bordeaux) » (construction de 1810 à 1822) : fr.wikipedia.org
Le travail de Georges Bord a fourni une base historique essentielle pour établir les règles des AOC de Bordeaux. Cependant, cette vision, axée sur les grands crus, a laissé dans l'ombre un patrimoine ampélographique considérable. C'est précisément dans cette richesse oubliée, celle des cépages paysans cultivés par les milliers de vignerons de 1850, que Château Cazebonne puise son inspiration. Nous nous engageons aujourd'hui à retrouver et à replanter cette diversité perdue, œuvrant à la redécouverte des cépages oubliés de Bordeaux pour recréer une viticulture plus résiliente et authentique.
Chez Château Cazebonne, nous nous attachons à faire revivre cette histoire en replantant les cépages qui avaient disparu de Bordeaux, un travail rendu possible grâce au soutien des amateurs qui ont adopté nos vins. Pour en savoir plus sur cette démarche unique, n'hésitez pas à télécharger notre livre sur l'histoire des cépages bordelais, qui s'inscrit dans Le Privilège des vins de Bordeaux. Vous pouvez également tester vos connaissances sur le vin grâce à nos quizz œnologiques, ou simplement découvrir le fruit de notre travail en explorant notre boutique en ligne.
Sources
Tandis que l’étude de Georges Bord a mis de côté les cépages d'antan, La Dame Noire propose un assemblage de Jurançon noir, Mérille et Béquignol.
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