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J'en profiteEnquête de 1782
Entre 1782 et 1784, une vaste enquête administrative recense les cépages cultivés en Guyenne. Ordonnée par l'intendant Nicolas Dupré de Saint-Maur, elle offre une photographie rare de la diversité des vignes bordelaises avant les grandes crises du XIXe siècle. À Château Cazebonne, où nous replantons des cépages oubliés de Bordeaux, ce document est une source de première main, présentée dans une publication du domaine.
Nicolas Dupré de Saint-Maur est intendant de la province de Guyenne, à Bordeaux, de 1776 à 1785. Sous son autorité, l'enquête vise à inventorier les cépages présents afin de fixer une nomenclature et de mieux comprendre les nombreuses synonymies. Un même plant pouvait porter plusieurs noms d'un village à l'autre, et deux plants différents partager le même nom. Sans liste commune, il était impossible de savoir de quoi l'on parlait.
Les réponses à l'enquête sont longtemps restées conservées aux archives de Bordeaux et de la Gironde, sans être numérisées ni publiées. Une équipe de bénévoles, sous la direction de l'historien Henri Galinié, s'est attelée à leur transcription. Henri Galinié anime par ailleurs, avec Samuel Leturcq et Jeanne Galinié-Yerre, le programme de recherche CepHistoire consacré à l'histoire des cépages en France. L'ensemble des documents est aujourd'hui consultable en ligne sur l'archive ouverte HAL.
Ce corpus n'avait pas échappé aux spécialistes : dans son Essai de 1932, Georges Bord cite déjà la correspondance de l'intendant parmi ses sources. Nous en parlons dans notre rubrique sur Georges Bord et l'encépagement bordelais.
Parmi les listes transcrites, celle de Bazas nous intéresse particulièrement : la ville se trouve à 16 kilomètres de Château Cazebonne. On y reconnaît des noms de cépages que nous avons replantés. Beaucoup d'autres restent aujourd'hui non identifiés ou ont disparu. Parmi les noms que nous avons hâte de goûter :
Il est probable aussi que le Petit Péjac ou le Béquignol, que nous avons replantés, figurent dans cette liste sous un autre nom. C'est toute la difficulté de l'exercice : relier un nom ancien à une variété vivante demande de croiser les descriptions, les synonymes et, aujourd'hui, les analyses génétiques. Ces listes nous donnent aussi envie de replanter du chaussé.
L'enquête confirme qu'à la fin du XVIIIe siècle, le vignoble du sud de la Gironde reposait sur une grande diversité de plants, bien au-delà des quelques cépages qui composent aujourd'hui les appellations bordelaises. Elle montre aussi les limites de nos connaissances : historiens et ampélographes n'ont pas fini leur travail de recherche. Pour un vigneron, ces listes sont à la fois un inventaire du passé et une piste pour l'avenir, au moment de choisir quels plants réintroduire dans ses vignes.
L’enquête Dupré de Saint-Maur révèle la diversité des cépages oubliés en Guyenne, comme le Béquignol que l’on retrouve dans La Dame Noire.
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